Mais qu’est-il arrivé à ma génération?

Je fais partie de ces trentenaires qui possèdent et utilisent toute une panoplie d’outils connectés pour ne jamais se sentir seul et pouvoir à tout moment échanger avec son réseau. Que ce soit par SMS, appels, messageries instantanées type Facebook, WhatsApp, par vidéos interposées sur SnapChat, véritable one-man show chronique ou journal (non)intime des temps modernes. Je dois bien l’avouer, mon smartphone est indéniablement devenu le prolongement de ma main, le couteau suisse technologique autour duquel s’articule mon quotidien.
  • Je me réveille grâce à l’alarme programmée dans mon portable;
  • Je consulte mes notifications dans cet ordre précis: SMS, appels manqués, messages vocaux; messagerie Whatsapp; likes, commentaires et/ou nouveaux ajouts Instagram; messages Facebook ou autre; snaps reçus et stories. Je traîne plusieurs minutes au lit pendant que je fais cela tout en émergeant et reprenant place dans la réalité si l’on peut dire puisque mon premier réflexe me plonge dans la virtualité. Passons;
  • Si je prends mon petit déjeuner, c’est avec mon écran d’ordinateur face à moi et mon téléphone branché à ce dernier. Je consulte mes messages sur Outlook. Je parcours ensuite la timeline de Facebook et regarde ce qu’il s’est passé pendant que je dormais. Articles sérieux d’actualité, les derniers buzzs, vidéos de chats mignons, les actus people, les recettes DIY, ce que mes amis ont choisi de poster, partager, liker, commenter, etc.
  • J’envoie ensuite mon premier message vocal WhatsApp à ma meilleure amie à Malte et cela dure toute la journée. Une discussion ping-pong qui permet de prolonger une conversation sur plusieurs heures en marquant des pauses, se racontant des anecdotes ou ce que l’on fait, a fait, va faire. Une distance atténuée par cette proximité permanente;
  • Lorsque je me déplace j’utilise diverses applications: Moovit pour me repérer, suivre un itinéraire, consulter un plan, trouver des stations proches, zoomer, pivoter, etc. Parfois je me sers de GoogleMap et du mode Streetview. Puis Uber (ou eCabs lorsque je vivais à Malte) pour rentrer chez moi, en banlieue, quand il n’y a plus de trains;
  • Une musique me plait, je ne sais pas ce que c’est: réflexe Shazam;
  • Dans le train je m’ennuie, je lance une partie d’échecs via l’appli chess.com ou bien je vais faire un tour sur mon île dans la Baie du Paradis. Je fais avancer mon village dans Clash of Clans. Si je n’ai pas la 4G, Wifi ou suis en mode avion, je lance un 2048;
  • J’utilise une application pour savoir quand vont arriver mes prochaines règles, ça m’évite de faire des croix sur un calendrier. D’ailleurs, je n’en ai même pas, j’ai un Planner sur mon portable, of course;
  • J’écoute la radio quand je marche, via mon téléphone;
  • Je consulte mes To do List enregistrées dans le mémo;
  • Je passe mes coups de fil pro;
  • Je poste une photo sur mon compte Instagram. Je regarde celles de ceux que je « suis « et j’explore celles d’éventuels nouveaux comptes à suivre. J’alimente la page liée à mon blog;
  • Je m’amuse avec les filtres sur Snapchat. J’enregistre ma daily story avec la température ou une vue panoramique du lieu où je me trouve. J’y vais de mon petit commentaire qui ne fait rire que moi.
J’ai testé plusieurs applis notamment Tinder, Boomerang, Tribe, Mitch, etc. Il y a celles qui deviennent « indispensables » et celles que l’on désinstalle aussi rapidement qu’on les a téléchargées. Mais je consomme, consomme, consomme, comme dirait Stromae dont la chanson satyrique Carmen est d’ailleurs le résumé parfait mais déprimant de nos quotidiens hyperconnectés. J’ai abandonné Twitter (en tant qu’application) par exemple et je vais beaucoup moins sur QuizUp. Pourtant pendant un moment j’étais à fond! Et il y a eu la phase Candy Crush et compagnie. Il y en a certaines que je n’ai jamais utilisées comme Vine ou Dubsmash. J’aurais pu. Je n’ai pas surfé sur la tendance et ensuite elles ont disparu. Un peu comme Pokemon Go si je ne m’abuse ? Je n’en entends plus parler. Anyway.
C’est un roulement. Nos applications évoluent en fonction des effets de mode (et donc de masse) et de nos besoins. Certaines restent mais d’autres sont de l’ordre de l’éphémère. Cependant je ne quitte jamais mon téléphone et me sens perdue lorsque je ne l’ai pas. Ce n’est pas seulement la batterie qui devient faible mais moi-même. L’angoisse de l’ennui, celle de ne pas pouvoir consulter à tout moment messages et réseaux sociaux, de ne pas pouvoir appeler en cas de problème.
Alerte psychologie de comptoir, ON: quel est ce besoin perpétuel de rester connecté? (« Vous avez quatre heures! ») Je vais tenter de vous épargner le sujet de philo à la mords-moi le noeud (Tiens, je n’avais jamais écrit cette expression. Je m’aperçois seulement maintenant qu’en plus d’être vulgaire, elle est surtout très ringarde ^^). Bref. La peur du vide je présume. Le besoin d’appartenance à un groupe, une communauté peut-être. Est-ce un mal? Sûrement lorsque cela devient une dépendance.
Je ne sais pas si c’en est une. Si l’on me le retire des mains, je ne vais pas me mettre à trembler, suer, baver, que sais-je et hurler à la mort des nuits durant. Tout de même! Mais j’aurais un manque c’est certain car c’est tout simplement « cool » comme outil. Je pourrais bien sûr réutiliser un radio réveil pour me lever le matin, certes; écouter les infos pour suivre l’actualité; appeler les gens avec un téléphone fixe ou les rencontrer directement pour prendre de leur nouvelles, certes…; ressortir mon iPod pour écouter la musique; mon plan RATP plastifié pour repérer les arrêts de métro; lire mon livre dans le train, CEEEERTES. Mais il faut reconnaitre que c’est un réel gain de temps aussi et un vrai confort. Pouvoir tout réunir en un objet, c’est évidemment pratique. Et communiquer comme bon nous semble. Je n’ai jamais trop aimé les longues conversations téléphoniques. Là, un sms, un message vocal différé ou un message écrit et l’on diffuse toute la journée à fréquence et quantité désirées selon nos envies.
Pourquoi cracher sur ce nouveau mode de vie, de fonctionnement? En plus, je fais ici un constat personnel. Je ne suis pas la « pire » et il y a des utilisateurs beaucoup plus modérés mais souvent ce comportement est reproché à ma génération. (Amel Bent Powaaa). Je comprends la critique lorsque cela devient absurde. Il n’y a qu’à observer le public dans un concert: tout le monde filme, regarde à travers son écran. C’est un peu triste c’est vrai. Nous oublions parfois de vivre le moment présent. Nous voulons absolument immortaliser un événement et nous vivons alors cet instant comme s’il s’agissait déjà d’un souvenir. C’est paradoxal. Et puis il faut reconnaître que nous avons l’air bête avec nos selfies bouche en cul de poule, nos filtres kitch et notre besoin d’être liké, commenté, partagé, suivi. Je suis toujours très gênée quand je dois me prendre en photo en public, tandis que certains sont totalement décomplexés vis à vis de cela et je les envie d’une certaine manière. On critique également l’image erronée que tous ces comptes Instagram véhiculent, de ces vies de rêves, de ces corps parfaits, de ces « gosses de riches » qui s’exhibent dans leur voiture de luxe des liasses de billets en main, de ces stars qui nous complexent et de tous ces anonymes qui sont devenus de vraies égéries sur ces réseaux sociaux et vivent de cette image virtuelle en vendant des sachets de thé ou en tant qu’influenceurs, modeurs, bloggeurs et tous les mots en « eurs ». J’ai même découvert hier le mot « DOeurs », du franglais qui signifie « ceux qui font ». En gros, les mecs busy busy busyyy, qui n’ont pas le time, tout le temps dans l’action!
C’est donc un peu pathétique et désolant tous ces visages rivés sur ces millions d’écrans greffés à nos mains mais dans un même temps c’est fascinant. L’évolution humaine et celle de nos habitudes et modes de vie est tout simplement passionnante. C’est du moins mon point de vue. Peut-être en mieux ou en moins bien, je n’en sais rien. Les avis divergent. Nos grands-parents sont largués, nous regardent de haut, l’air moqueur, et nous méprisent avec des phrases du style « De mon temps on avait pas besoin de ceci, cela, on savait faire [place ici une phrase d’une chanson d’Aznavour]!» ou bien « Vous les jeunes, vous n’avez pas connu [place ici un couplet d’un titre d’Aznavour] ». Ah bin c’est sur qu’en temps de guerre on aurait vu passer d’autres styles d’applis du genre: SafePlace, appli destinée à géolocaliser des abris en cas de bombardements; Survivors: retrouvez en un clin d’oeil votre famille, consultez la rubrique nécrologique ou bien la liste des prisonniers en temps réel! Topinambour: idées recettes du quotidien avec les moyens du bord; PinTage: créez des albums souvenirs avec un filtre vintage ou effet moisi. Bon, bien entendu c’est une caricature, mais qui sait… J’ai la sensation que ma génération est plus tendre avec celles de nos « ancêtres » car nous sommes assez sensibles au charme galvaudé et à la nostalgie qui émanent de cette époque. On la copie, on s’en inspire souvent d’ailleurs et nos styles vestimentaires ou besoin de retour « aux sources » nous trahissent. Mais nous pouvons faire cohabiter ces univers en même temps. C’est un beau contraste et la preuve d’une ambivalence propre à l’être humain.
La technologie fascine et sa vulgarisation nous permet d’en être les acteurs et créateurs. C’est là un pouvoir fabuleux. Il est de nos jours de plus en plus facile de façonner le “destin” de nos rêves grâce à tous ces outils. Et je ne parle pas d’une vie virtuelle mais plutôt de raccourcis vers des plateformes et un accès à la culture, la connaissance qui permet tout de même un précieux gain de temps. Quand je pense qu’avant on devait aller à la bibliothèque ou bien insérer un CD Encarta (coup de vieux bonjouuuuur) pour avoir la réponse à un questionnement… Aujourd’hui, une connexion internet, quelques clics et Bam, on a la réponse à notre question existentielle en quelques secondes. Franchement c’est génial.
Alors longue vie au SmartPhone et que chacun trouve midi à sa porte. Et oui, j’emploie des expressions ringardes, oui, mais j’ai un permis pour ça. LOL (non par contre pas pour ça…) Et c’est une parfaite conclusion à ce que je m’efforçais de dire dans cet article: on peut à la fois être très dépendant de cette technologie tout en accordant autant d’amour pour une époque passée et toutes les richesses qu’elle a pu nous offrir et que l’on continue d’utiliser et d’admirer. Mélange des genres et cohabitation. Et là on se passerait bien un petit We are the World ou Imagine en mode générique, imo.
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