Coming Out Vegan

Pow!
Et bien voilà… Nous y sommes. Je deviens à mon tour une de ces personnes dont je me suis longtemps moquée. Une VEGAN. Une mangeuse de graines. Rien que de prononcer ce mot j’ai déjà le ventre qui gargouille et me vient en tête l’image épurée de Gwineth Paltrow, maigre, blanche, chiante. J’ai l’impression de m’envoyer moi même purger une peine à perpétuité dans une sorte de prison aseptisée dont on ne sort qu’en cas de… mauvaise conduite. Je traine des pieds, en file indienne derrière d’autres résolus, attendant mon tour au guichet pour intégrer ce lieu froid et quitter la zone de débauche qu’était mon environnement et mes amis carnassiers bedonnants et transpirants de gras animal. On m’explique tout ce à quoi il va falloir que je renonce si j’intègre cette nouvelle communauté et déjà ça me déprime… Arf, je savais bien que ce ne serait pas la fête du saucisson tous les jours, mais bon. Je me retourne, dernier regard sur cette vie de gourmandises que j’ai connu et l’âme en peine, schrikpitiiittgribouilli, je signe ce pacte. On me tend une pile de vêtements en toile de jute et autres tissus qui grattent et me tamponne VEGAN sur le front. Oh la la l’angoisse.
Vous l’aurez compris, c’est pleine d’aprioris et de préjugés que je deviens “le-mot-que-je-n’aime-pas-m’étiquetter-sur-la-face-et-auquel-je-vais-devoir-trouver-un-substitut”. Je ne me reconnais pas en ce terme et j’ai peur de me définir ainsi. Je ne suis pas encore prête à me prétendre Vegan au même titre que Gwineth justement car à ce stade de ma transition, je n’y connais rien. Je suis une vegan modérée. Pourquoi modérée? Parce que premièrement  je ne vais pas vous emmerder avec ça, ni même vous culpabiliser, vous faire la morale et vous balancer des PowerPoint en pleine tête pour vous montrer à quel point vous êtes des gros bâtards de manger des animaux; Deuxièmement parce que c’est tout un apprentissage qui m’attend afin d’avoir les connaissances suffisantes pour me prétendre maîtresse Yoda en la matière. Enfin bon, après, j’espère qu’on va pas non plus en retour me souler à me demander pourquoi ci et pourquoi ça et comment tu te fournis en protéines et blablabla. Wow wow wow. Calm down mon gars. Si je te gave pas à te demander pourquoi tu manges du poulet rôti avec tes chips, me demande pas pourquoi je préfère le lait d’amande à celui de vache. C’est clair? (Imagine DeNiro sur cette scène, ça en impose tout de suite plus, on a pas envie de lui chercher des noises à Robert.)
Comment en suis-je arrivée là et surtout pourquoi je deviens ce genre de personne si je n’en ai pas envie? Et bien parce que mon petit bonhomme, dans la vie on ne fait pas toujours ce qu’on veut et qu’un peu de cohérence et de responsabilité, à presque 30 ans, s’imposent. Il y a tout un tas de vidéos qui tournent en non-stop sur internet et de plus en plus souvent. Il est possible de les éviter mais je pense qu’on a tous au moins une fois céder à la tentation si je puis dire de voir l’envers du décor. Qu’y découvre t-on? On y voit comment les animaux sont traités dans la plupart des abattoirs et autres joyeusetés destinés à réduire les animaux en miettes, en boîte, en morceaux, etc. J’aime pas, j’aime pas du tout. Je pleure à chaque fois et j’ai du mal à regarder jusqu’au bout. Je pense pas être la seule, d’ailleurs je ne connais personne dans mon entourage, carnivore, végétarien, végétalien, mangeur d’éponges ou de tout ce que vous voulez qui regarde ce genre de films et qui te sort: Il l’a bien cherché ce poussin! Il lui a bien cloué le bec, ahahah, cloué le bec, t’as compris?”  -_- Non, ca n’éxiste pas. Enfin si, dans certaines vidéos tu peux voir de gros débiles que ça à l’air de faire rire une vache qui souffre d’avoir les pis infectés et purulents à force d’être pompés H24 et qu’un bon coup de poing dans la tronche c’est encore plus fendard! J’annonce, si un de mes potes était aussi con, je lui foutrais un méchant coup de tête. En vrai non, je sais pas les faire, ça fait mal en plus mais en tout cas ce serait plus mon poto. Bref!
Au debut je regardais ces videos, je pleurais, mais je continuais à acheter, cuisiner et manger de la viande et autres produits issus des animaux, type oeufs, produits laitiers. Pourquoi? Parce que j’aime trop ça et que je me rassurais en me disant que les animaux ne sont pas tous traités ainsi et que si on y met le prix, cela veut dire qu’on achète un morceau provenant d’une bête qui a gambadé dans les champs, qui avait un grand enclos et qu’un bon fermier s’en occupait avec amour jusqu’à ce que ce bon bovin meurt de vieillesse et finisse à l’abattoir. LOL, toi même tu sais. hashtag oeillères.
La vérité c’est que ça fait bien longtemps que ça ne se passe plus comme ça. Je vous épargne l’argumentaire classique: société de consommation blablabla, empire industriel blablabla, demande toujours croissante, offre obligée de s’alignée blablabla, oui mais la demande est présente parce que pubs, blablabla, géants économiques, TV, blablabla. C’est bon, on a tous internet, wikipédia, la télé, la presse. On sait. La petite maison dans la prairie et l’époque du je t’échange trois oeufs contre une bouteille de lait, merci mame, bonne journée mon bon berger, c’est fini. Donc, à moins de faire toi même ta viande, c’est à dire tuer l’animal, prélever ce qui se consomme, conserver, cuisiner , tu n’as aucune idée du comment le bon gros boeuf s’est retrouvé dans ton assiette avec ces jolies petites pommes de terre grenailles. Puis entre nous, tu te vois avec ton fusil, tes couteaux et tes bâches? N’est pas Dexter qui veut.
Voilà donc comment j’en suis arrivée à vouloir stopper l’hypocrisie que j’entretenais avec moi même: Oh les pauvres animaux c’est terrible! Tiens passe moi l’assiette de foie gras s’il te plaît. Non mais vous avez vu comment ils entassent les cochons dans les hangars là? Mh cette petite sauce poivre avec ce filet de boeuf c’est sublime!
Bin oui c’est sublime, c’est bien ca le problème. La viande c’est trop bon 😦 Mais je ne peux plus me regarder dans le miroir parce qu’honnêtement, à moins de crever la dalle sur une ile déserte, je suis même pas sûre d’arriver à tirer à l’arc sur un petit lapin, lui trancher la tête, le dépecer, l’embrocher, le faire cuire et le grignoter. Franchement, je cuisine beaucoup, bah je peux vous dire que chaque fois que j’ai du farcir une quelconque volaille, ce fut une réelle épreuve pour moi. Je sentais les organes ensanglantés éclater sous la pression de mes doigts et même avec des gants, je sanglotais, c’était très pénible car l’animal est là, sous tes yeux, pas cuit, et même si tu l’achètes sans la tête et les plumes, tu le visualises et tu souffres. Du moins j’en souffre. Je rappelle que c’est personnel donc je ne généralise pas. Il y a des gens que ça ne dégoûte pas et tant mieux pour eux. Achète donc déjà tout prêt, me direz-vous. Non plus. Qu’on le fasse pour moi serait trop facile et pas en adéquation avec mon souhait que les gens reconsidèrent la viande comme un produit de luxe, à consommer rarement. Je vous rassure je ne me lancerai pas dans ce débat, pas la force et pas le package connaissance universelle. De plus, je pars du principe que c’est une reflexion à se faire à soi-même. Rien de plus emmerdant que quelqu’un qui vient te dire comment tu dois penser et agir. J’espère que vous aurez compris que ce n’est pas mon intention.
Devenir Vegan c’est pas un peu radical tout de même? Bah, en fait, non. Tout simplement parce que j’ai commencé par bannir le lait de mon alimentation suite au visionnage d’une énième vidéo sur un procédé que j’ignorais, comment une vache produit du lait. J’ai toujours cru qu’elle le faisait en continu tout au long de sa vie et que le gentil fermier la soulageait en la trayant. En fait? Pas du tout. C’est tellement affreux que je ne m’étendrais pas sur le sujet et si cela vous intéresse, go to google. Quoi qu’il en soit, le lendemain je suis allée faire les courses et je suis passée par le rayon des produits laitiers. Je n’ai rien pu acheter pour ma consommation perso. J’ai pris des yaourts pour mon copain mais je n’ai pas succombé à mon désir de fromage et de lait. Je n’ai tout simplement pas pu. Je revoyais les images de la vidéo et je n’en ai meme pas eu envie. Pas de manque. Presque une sensation de bien-être comme après une bonne cuite où ton corps te dit merci de ne pas lui donner de l’alcool mais plutôt un bon verre de jus de fruits. Et bien c’est ce que j’ai fait, je suis passée du côté obscur des rayons, celui des produits bio et autres trucs plus chers et inconnus et j’ai posé une brique de lait d’amande dans mon panier. Au passage c’est trop bon et j’en buvais déjà “avant”. Ca a commencé comme ça. Maintenant, je vais poursuivre. Cela fait plusieurs semaines que je ne consomme plus de lait animal et… je vais bien. Par logique, j’en viens à supprimer le reste des produits issus des animaux car je ne peux pas dire “j’arrête le lait parce que ca me perturbe que les vaches soient violées au quotidien pour que je puisse manger ma Danette.” tout en continuant à m’empiffrer de Chili con carne. Ca n’aurait aucun sens sachant que la viande hachée provient d’un pauvre boeuf qui n’a rien demandé à personne et qui se retrouve broyé pour ma simple salivation et plaisir d’un repas. Je ne peux pas. Je ne peux plus. Et pourtant, j’adore ça le Chili con carne. Ca va être dur de regarder les autres manger des plats que j’adore, mais pas plus dur que quand tu fais un régime et que ta copine s’enfile un Snickers sous tes yeux. On est d’accord c’est une torture! Je finirais par m’habituer. Et puis il existe des substituts à ce qu’il parait. Je vous l’ai dit, pour le moment, je n’y connais rien. Je me sens telle une expat’ en Asie. Je débarque avec mon sac à dos de survie sur un continent où des gens qui ne me ressemblent pas parlent une langue que je ne connais pas encore. Tout un lexique avec lequel il faudra que je me familiarise mais d’abord, revenons à nos moutons. Ah non, merde. Pas les moutons. J’ai déjà le mal du pays mais dans 3 mois, ce nouveau pays, cette nouvelle culture seront miennes et je les aurais adoptées. Je skyperais avec ma famille et mes amis pour leur dire à quel point c’est génial. Ou pas. Ca se trouve je n’y arriverai pas hein. Ca se trouve je vais céder à l’appel de la raclette un soir d’hiver. Peut-être. J’espère que non. J’espère être forte et y trouver mon compte. J’espère que vous ne me regarderez pas avec mépris. J’espère qu’on m’invitera toujours à “venir manger à la maison”, “se faire des bouffes”, “des restos” et même aux barbecues, parce que moi t’facon ce que je préfère ce sont les pâtes, les olives et l’alcool, tout le monde le sait.
Alors, tadaaa, me voici. Une néo-vegan modérée (allons-y doucement)… Pas encore assez calée et documentée pour me prétendre la parfaite vegan qui va jusqu’à lire chaque étiquette des produits d’entretien et maquillage pour y déceler un terme technique lié à l’utilisation animale. Pas encore tout à fait sure de bannir les escargots, les coquillages et crustacés de mon alimentation. Bah oui personne n’est parfait, une huître ne m’émeut pas, pas même une moule ou une crevette, sorry. Et si ça choque les vegans purs et durs, bah tant pis, excluez moi de votre groupe, je m’en fous. J’errerais en lonesome cow boy (ah nan merde, pas les vaches on a dit) dans un no man’s land alimentaire, seule, avec mes états d’âmes, mais au moins, je serais bien dans mes pompes… en semelle de bambou et coton.
Marion Ferré Defossé
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3 réflexions sur “Coming Out Vegan

  1. Alors ? 100% Vegan incollable ? Toujours modérée lonesome cow girl ? Retour carnassier à la vie d’avant pour limiter la pousse des canines et éviter d’être traquée par des chasseurs de vampires ?
    Tellement fan de ton style d’écriture !

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  2. Chose promise, chose due … je commence par ce post !
    Et j’ai ri … Plus pour le ton que pour le thème car j’erre moi même dans un no man’s land alimentaire depuis pas mal de temps. Je suis mid-veg parait il.
    Je n’ai pas renoncé à l’entrecôte de ma mère (avec des bonnes frites) mais j’évite de l’acheter moi même (et pourtant j’ai des sous hein).
    Je favorise la déforestation en me gavant d’avocats mais le beurre n’est plus invité dans mon frigo (bon j’avoue que les oeuillades que me fait le beurre au gros sel de Guérande lorsque je rentre en France, pffff, j’ai du mal à y résister)
    Le lait de vache est tricard chez moi mais je ne peux pas empêcher les petites personnes (sales gosses) qui squattent mon home de manger des yaourts même si j’essaye (avec des plus en plus de succès) de leur inculquer les plaisirs du SoyaSun …
    J’ai foutu des allumettes dans les yeux (façon Orange Mécanique) de mon ado fashion-victime et je l’ai collé devant son ordi afin qu’elle regarde/écoute ce pauvre lapin à qui ont arrache les poils pour fourrer/décorer des saloperies de gants/manteaux/gilets/cols. Et alleluya ça a fonctionné. La vraie fourrure est bannie de sa garde-robe (et de la mienne par la même occasion) ..
    C’est pas grand chose mais ce sont des petites victoires …
    Ma « chance », celle qui me pousse vers la porte de sortie de la débauche de bouffe, c’est de vivre dans un pays où les supermarchés sont moins bien achalandés que la petite épicerie arabe d’un village du fond de la Creuse… et où la production de lait dans la maltraitance animale fait froid dans le dos.
    Et Barcelone a été élue comme une des villes les plus vegan friendly d’Europe et regorge de restaurants où les mets sont plus succulents les uns que les autres !

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